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Collection : Claire LÉZÉ-SCHMITE


« Artiste sculpteure professionnelle, je diversifie les matières avec lesquelles je travaille : d’abord le modelage en terre que j’enseigne à mon atelier lors de cours ou stages, puis le bois, le métal, la pierre, le papier et maintenant le verre. J’aime voir se confronter les matériaux que je façonne et utiliser parfois des objets que je détourne et leur offre ainsi une seconde vie. Je crée des personnages sortis de mon imagination, juste une tête et un corps, une histoire humaine chaque fois différente où l’actualité côtoie parfois la poésie. »
métropole-rouen-normandie



Notice du catalogue du Festival Art et Déchirure 2019 :
Je donne vie à des hommes sortis de mon imagination en mêlant les matières entre elles : les objets détournés, le métal, la terre ou encore le bois. Pas de limites dans cet exercice ! J’aime les façonner et le titre de l’œuvre répond à l’histoire que j’ai créée avec les personnages : qu’ils soient bien au chaud dans leur intérieur, ou migrants en mer, mon univers est poétique. Je me consacre entièrement à ma passion et la transmets à l’occasion de cours et stages de modelage pour enfants et adultes à mon atelier.
Notice du catalogue du Festival Art et Déchirure 2012 :
Mes sculptures ont pris naissance lors de mes promenades en forêt,celles automnales et flamboyantes, lorsque l’été se meurt. Morceaux de bois offerts sur les bords des chemins. Puis, dans l’âpreté des journées hivernales, lorsque les branches décharnées, offrent leur nudité à la main tendue. Au bord de la mer également, lorsque le bois, après un long voyage vient se poser sous mes pas ensablés. La ville m’a également offert ses cadeaux abandonnés, boîtes en métal livrés à la pluie, patinées, polies, fils de fer déposés en bouquets incongrus,tôle émouvante,morceaux de caoutchouc endormis au creux d’un pneu inutile . Tous ces matériaux inanimés ne demandent qu’à reprendre vie, et dans la passion de mon atelier, je me laisse emporter par leur douce présence . Mes mains trouvent le chemin vers mes thèmes de prédilection, le corps dans toutes ses expressions: abandon, volupté, douceur, féminité. Le couple, dans ses étreintes amoureuses, parfois douloureuses. Mes sculptures reflètent ce que je capte de la vie, bonheurs et tourments. Intensité d’une pause, insouciance du pli d’une robe haute-couture, concentration du lecteur attentif…Ces postures volées aux mille petits instants de l’existence nourrissent mon travail. Il est la rencontre entre mon propre regard sur le monde et ce que j’ai de plus secret, mes émotions.
Notice du catalogue du Festival Art et Déchirure 2010 :
Mon travail en fil de fer se fait dans un geste souple et régulier, je tourne et retourne la forme que j’ai en tête jusqu’à ce que j’obtienne le résultat imaginé. Il me permet une exécution fine, aérée et légère des figures à qui je donne « vie »…Il est le résultat d’une longue réflexion, complément de mon travail de modelage en terre. Le fil de fer m’accorde une excentricité sans limites, tel mon imaginaire. Le métal peut être rouillé pour évoquer le temps qui passe, l’usure, la fêlure des personnages, ou bien noir, laissé à l’état brut pour une épure totale. Ces pièces ressemblent à mes réalisations en terre où les extrêmes se côtoient : des finesses excessives et des rondeurs qui le sont tout autant. Regardez les jeux d’ombre et de lumière lorsqu’ils pénètrent le métal, quelle légèreté !
Origines du CHR : de Saint-Yon à Quatre-Mares
Histoire d’un lieu de santé mentale
Chronologie :
1714-1789 : manoir de Saint-Yon, rue Saint-Julien, quartier Saint-Clément à Rouen : maison-mère des Frères des Écoles chrétiennes (d’où l’appellation de « Frères Saint-Yon »).
1740 : un « Pensionnat de force » et une section destinée aux jeunes aliénés sont implantés au sein de cette maison d’éducation.
1792 : fermeture du couvent de Saint-Yon.
1808 : création d’un Dépôt de Mendicité
1821 : le Dépôt de Mendicité est remplacé par l’Hospice d’Aliénés : début de la psychiatrie.
1838 : l’hôpital devient une référence pour le traitement des maladies mentales. Malgré plusieurs agrandissements, le nombre croissant de pensionnaires oblige à l’ouverture d’une « succursale rurale ».
1845-1854 : construction de la « succursale rurale » à Sotteville-lès-Rouen, dans le hameau de Quatre-Mares sur le terrain dit « Clos de la Haie Brout » de M. Prevel, acquis par le Département.
1851 : ouverture du nouvel établissement.
1875-1879 : construction d’un deuxième asile sur la commune de Saint-Étienne-du-Rouvray ; il est administré par la communauté des sœurs de Saint-Yon.
1879 : fermeture du « Vieux Saint-Yon ».
Les deux asiles sont administrés séparément jusqu’à la fin du XIXe siècle ; la limite entre les deux correspond à la limite des deux communes :
– Au nord, sur Sotteville-lès-Rouen, « Quatre-Mares » était destiné aux hommes.
– Au sud, sur Saint-Étienne-du-Rouvray, « Saint-Yon » était destiné aux femmes.
1920 : la réunion des deux asiles donne naissance à la « Maison de Santé Départementale », puis « Hôpital Psychiatrique Départemental » en 1938. 2700 malades y sont hospitalisés.
1940-1944 : les bombardements détruisent 70 % des bâtiments.
45 000 personnes meurent en France dans les hôpitaux psychiatriques durant la guerre : le Dr Lucien Bonnafé parle d’ « extermination douce ».
1945 : début d’une lente reconstruction (rôle central du Dr Bonnafé, psychiatre désaliéniste et père de la politique de secteur psychiatrique, maire de Sotteville-lès-Rouen en 1952-1953). Hommes et femmes restent séparés.
1963 : une importante réforme de la psychiatrie amène à la réorganisation du plan de l’établissement : certains grands bâtiments disparaissent au profit de structures plus petites, sectorisées par activité et non plus par sexe.
1968 : suite à la loi sur le statut des hôpitaux psychiatriques, l’hôpital devient « Établissement Public Départemental », puis « Centre Psychiatrique du Rouvray » en 1973, puis « Centre Hospitalier Spécialisé du Rouvray » en 1979, puis « Centre Hospitalier du Rouvray » en 1991.
Le projet définitif du nouvel hôpital est adopté en 1969 et les premiers travaux débutent en 1971.
Le pavillon des femmes (pavillon de la Roseraie), situé au sud-est du parc, qui abrite aujourd’hui le musée Art et Déchirure dans son rez-de-chaussée, est fermé en 1982. Il est caractéristique de l’architecture hospitalière et asilaire de la fin du XIXème siècle : un bâtiment à façade en brique rouge, composé d’un alignement de salles longées par un couloir latéral éclairé par de hautes fenêtres.
Couvent, caserne et prison : un peu de chacun de ces héritages participe à l’esprit des lieux, avec en commun le témoignage d’un évident esprit d’ordre et de rationalité.
En somme un lieu dont tout l’ordonnancement semble contredire la notion de singularité, de différence, de désordre ou d’étrangeté.
C’est justement cette contradiction, ce paradoxe, qui fait la justesse et la richesse de cet « oxymore muséal » qu’est le Musée Art et Déchirure.
Collection : Jean-Michel CHESNÉ


Notice du catalogue du Festival Art et Déchirure 2017 :
Né à Paris en 1959, Jean-Michel Chesné crée depuis plus de 35 ans. C’est en effet au début des années 80, après des études d’agriculture, qu’il se passionne pour l’art. Mais sa visite au Palais du Facteur Cheval à Hauterives en 1992 est un véritable choc et oriente définitivement son goût vers un art plus marginal.
Vers 2008, son travail a pris une tournure particulière. Il s’agit de dessins qu’il appelle lui-même « dentelles » . Cette série est née de la rencontre fortuite avec un stylo à l’encre blanche, dont il explore sans fin les possibilités sur des fonds d’encre de Chine noire, faisant naître par un jeu d’emboîtements successifs, un bestiaire et un peuple de personnages aux allures primitives raffinées. On y retrouve aussi des animaux et des êtres hybrides nés de son imaginaire «composite». Une mythologie personnelle issue de l’accumulation d’images glanées depuis des années. Ce qui dans ses premiers essais graphiques ressemblait davantage à de l’improvisation ou à de l’automatisme s’est peu à peu transformé en un véritable vocabulaire, peut-être moins sauvage mais plus abouti.
On notera l’omniprésence de la nature avec des animaux plus ou moins réalistes cohabitant dans une végétation luxuriante. Une sorte de paradis perdu où trônent parfois fièrement des déités couronnées, des dignitaires coiffés. De ces silhouettes émane une vibration, une tension dynamique entre le noir et le blanc. Les contours très découpés, très sinueux montrent des êtres statiques ou animés dont l’intérieur organique ne contrarie pas la grâce de l’ensemble.
Notice du catalogue du Festival Art et Déchirure 2012 :
Né à Paris en 1959, Jean-Michel Chesné dessine et peint depuis bientôt 30 ans ; c’est en effet au début des années 80 qu’il se passionne pour l’art mais sa visite au Palais Idéal du Facteur Cheval à Hauterives en 1992 sera un véritable choc qui orientera définitivement son goût vers l’Art Brut et aura une incidence radicale sur son travail à tel point qu’en 1997, il entame la construction d’une grotte-chapelle recouverte de mosaïques au fond de son jardin qui fait régulièrement l’objet d’articles dans la presse.
C’est un autodidacte à la recherche de techniques nouvelles et de matières au service de créations de tout ordre. Il fonctionne par séries afin d’exploiter au maximum ses nouvelles idées et passer ensuite à autre chose. C’est ainsi que l’on peut voir dans l’ensemble de son œuvre des dessins anthropomorphes à l’encre ou à la craie, des fantaisies colorées aux crayons de couleur, mais aussi des têtes en céramique ou des sculptures en plastique fondu. Un grand écart entre les thèmes et les techniques qu’il assume pleinement tout en conservant un style très personnel. Son principal moteur étant l’imaginaire, cet artiste ne peut se cantonner au cadre restreint de la toile ou de la feuille de papier.
Récemment, son travail a pris une tournure particulière. Il s’agit de dessins qu’il appelle lui-même «dentelles» à l’encre blanche, où l’on retrouve des animaux ou des êtres hybrides issus d’un imaginaire fantastique ; Des silhouettes d’où émane une vibration, une tension dynamique entre le noir et le blanc ; le contour très découpé, sinueux en même temps, montre des personnages parfois en mouvement, évoquant la gestuelle du danseur ; l’intérieur organique ne contrariant pas la grâce de l’ensemble. On y retrouve également des constructions totémiques complexes alliant le païen et le sacré.
Un peuple fantasmagorique, créatures inquiétantes et séduisantes à la fois, émergeant du plus profond de lui-même, dans cet état particulier entre concentration et rêverie. Les dessins de Jean-Michel Chesné peuvent rappeler certaines peintures tribales de l’Inde par leur technique, mais aussi les génies de la mythologie japonaise ou chinoise, même s’ils sont en fin de compte, irréductibles à toute référence, sauf celle, intime, de l’artiste.
Impliqué et actif dans le monde de l’art Brut, on peut également retrouver ses textes dans les revues consacrées à cette forme d’art (Raw vision, Création franche, Zon’Art etc.).
Collaboration à la revue Gazogène depuis 10 ans.
Témoignage dans le catalogue de l’exposition Chomo – Halle Saint-Pierre 2010




Paul DUHEM
Paul DUHEM est né en 1919 à Blandais.
Jeune orphelin, il affronte les affres de la guerre qui le conduisent à l’asile psychiatrique. Après avoir passé trente années dans une institution spécialisée à Tournai, il va vivre au centre de La Pommeraie à Ellignies-Sainte-Anne, en Belgique, où il est jardinier.
Vers 1990, il se met à peindre assidûment, trouvant dans la couleur les moyens de révéler les sensations qu’il lui est difficile de communiquer par les mots, brisant ainsi la solitude de sa condition. Dans cet atelier où il passe plus de vingt heures par semaine, il dessine sans relâche des visages et des portes, de manière répétitive et obsessionnelle. Paul Duhem se rendait à ses expositions mais ne parlait jamais de son travail, se montrant en revanche intarissable sur ses activités de jardinage. Paul Duhem est décédé en 1999 à La Pommeraie, dans ce lieu où il avait choisi de s’exprimer, laissant derrière lui une œuvre d’une force impressionnante présente dans de nombreuses collections publiques ou privées.

Villa Verveine : une visite
Merci à Caroline, merci à Joël.
Collection : Caroline DAHYOT



Caroline chante :


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Catalogue Festival Art et Déchirure 2017 :
« À la fois atelier, demeure et résidence de création, la Villa Verveine, en Picardie, est le quartier général de Caroline Dahyot. La façade de sa maison, qu’elle a entièrement peinte, a déclenché l’opprobre de la mairesse du village, au point d’en faire les manchettes télévisées ! En plus de la peinture et du dessin, Caroline Dahyot crée aussi des poupées et des marionnettes. Son travail est chargé d’amour et de tendresse. Ses scènes familiales et ses couples enlacés aux couleurs vives, aux empreintes post-punk, démontrent beaucoup de charme, de naïveté et de beauté. Pas une ombre de violence dans ce travail frais et spontané, marqué par une vraie patte, une authentique signature, celle d’une artiste avec un cœur à fleur de peau. Elle a été artiste en résidence à La Galerie des Nanas à l’été 2016. »
Texte de Jean Robert Bisailon (Galerie des nanas avec Martine Birobent) pour l’exposition État Brut à Montréal. (2017)

Catalogue Art et Déchirure 2016 :
« Je ne me souviens plus de mon premier abandon. Je n’ai que la sensation de ce vide angoissant pour une enfant. Je l’ai comblé par l’idée de ma future famille. J’étais obsédée par la maternité. Ma première poupée a été conçue lors d’une séparation forcée d’avec ma fille. En 2006 quand le père de mes enfants et moi nous séparons, je commence de façon obsessionnelle à coudre et dessiner pour parer à cet abandon et réparer la chute d’un idéal. Depuis les abandons se sont succédés me menant à chaque fois vers des petits drames. Et je multipliais les actes magiques pour ne pas perdre l’amour de l’amoureux suivant, pour ne pas mourir, pour avoir l’argent suffisant ; jusqu’à aujourd’hui. Un matin je me suis levée sans avoir peur de la solitude, sans avoir besoin d’un amoureux pour me sauver. Mes actes magiques n’ont pas eu l’effet souhaité mais ils m’ont accompagné dans ce chemin pour la libération. »
Interview de Caroline DAHYOT par Roberta TRAPANI
Parcours irréguliers
9e édition de la biennale hors normes, septembre et octobre 2021
réalisation et montage Danilo PROIETTI
j’ai passé toute ma scolarité dans une école religieuse avec uniforme, donc quelque chose d’assez strict et j’étais très timide, j’ai pleuré jusqu’en terminale en allant à l’école tellement c’était horrible pour moi, j’étais vraiment très très très très timide, j’avais peur de tout, j’osais même pas aller dans la cour de l’école, donc je pense que cet univers c’est ce qui m’a permis d’exister en fait, par exemple quand je vois là par exemple je suis à l’aise parce que c’est un peu une famille l’art brut, l’art singulier, je connais un peu tout le monde, mais si je suis dehors, sans ma maison avec des gens que je connais pas, mais c’est horrible
j’avais un grand frère qu’était punk, mon frère aussi il a eu une éducation religieuse et il s’est fait virer parce qu’il était trop punk et puis je crois qu’il a fait des fugues, mais moi j’étais assez sage en fait, tu vois, j’ai… en tout cas si j’ai fait une crise d’adolescence elle était intérieure, mais pas extérieure, j’étais très introvertie et je piquais tous ses disques de punk pendant qu’il était à l’internat et puis il avait une crête jaune, ou je sais plus, tout rasé et je me disais ouah il ose, je le regardais comme ça, disons que ça m’a montré l’explosion, qu’on peut aller hors limite
après j’ai fait une école de dessin, mais je restais à un peu timide, et après j’ai eu des hallucinations et je voyais des pendus, enfin je voyais des choses assez horrible, et là j’ai commencé à vraiment dessiner des choses qui étaient en moi, et là ça a été vraiment le début, ça, mon frère plus ça, ça a été la graine qui a fait que ça a pu exploser, ça a vraiment démarré quand le père de mes enfants en fait m’a quittée, on habitait un petit village, et moi j’avais pas de travail pas de voiture ni rien et là je me suis lâchée et puis en plus comme je…en fait quand je vivais avec lui, je pouvais pas peindre, parce que quand tu vis avec quelqu’un c’est compliqué
je raconte pas des histoires mais je projette un avenir qui serait heureux, c’est à dire qu’il y a toujours… avant il y avait toujours mes enfants mais j’ai décidé d’arrêter de le faire parce que je trouvais que pour eux c’était lourd aussi, je les dessinais tout le temps, et il y a toujours moi et un amoureux potentiel, parce que c’est un peu compliqué pour moi ça, et tout va bien, mais il y a quand même le monde, ça part toujours d’un chaos, donc il y a souvent des événements, on le voit pas, mais qui sont liées à l’actualité, mais je projette quand même un monde qui me semble idéal, mais c’est pas des histoires que je raconte, c’est des projections
ma première création c’était à 6 ans à l’école parce que j’étais dyslexique et une maîtresse a bien aimé, elle a trouvé ça joli, donc après j’ai beaucoup dessiné, mais à 28 ans j’ai montré mes dessins et on m’a dit qu’ils étaient moches donc là j’ai fait des poupées, des poupées de toute ma famille parce que je voulais pas qu’ils meurent et tout ça, les poupées j’en fais encore mais elles sont différentes des premières poupées, les premières poupées c’était vraiment pour les membres de ma famille, il y avait un organe par personne, et après c’était des poupées plus pour trouver l’amoureux, après quand j’avais un amoureux c’était pour pas le perdre, mais je l ‘ai toujours perdu, donc souvent il y a des vrais cheveux, il y a des mots et maintenant il y a plus des poupées pour rencontrer l’amour, à nouveau
je ne sais pas si un jour je suis vraiment apaisée si je vais continuer à créer, c’est juste pour supporter le quotidien, ou l’idée que… la vie c’est quand même complexe, enfin…qu’on peut mourir d’une minute à l’autre.
j’adore les animaux, vraiment très fort, j’ai toujours adoré depuis que je suis petite et en plus quand j’ai été triste mes chats m’ont beaucoup consolée, j’ai vraiment une belle relation avec eux
quand j’ai commencé à faire mon appart je connaissais pas l’art brut enfin… à part que je travaillais à Beaubourg et que je connaissais Dubuffet, Chaissac, mais voilà je n’étais pas plus intéressé que ça et quand j’ai décoré mon appartement j’ai des amis qui m’ont offert aux éditions Taschen je sais plus si c’est… Mondes imaginaires, voilà
moi je voulais pas être spécialement dans l’art brut, l’art singulier, en fait on s’était séparé avec le père de mes enfants depuis une semaine, mais depuis très longtemps j’avais un petit numéro qu’on m’avait donné d’une dame, d’une artiste qui s’appelle Martine Mangard qui travaillait à la MJC et je suis allée lui montrer mes dessins parce que c’était soit ça, soit je travaillais à l’usine et je me suis dit laisse-toi la chance de faire autre chose quoi, parce que dans mon village c’est l’usine, et donc j’ai été montrer mon travail à cette femme et elle m’a pris sous son aile, là il y a Vincent Prieur, un artiste, qui est venu voir mon travail à la MJC et il m’a mise à Art et Déchirure et après ça a fait tac-tac-tac, mais je voulais pas être dans l’art singulier, l’art brut, c’est pas nous qui décidons, je trouve
je chante super faux oui, mais en fait ce que j’aime, dans mon travail c’est pareil… en fait j’étais nulle à l’école en chant, il y a plein de choses où j’ai été nulle, mais j’adore utiliser toutes les matières où j’étais nulle et en faire quelque chose, c’est pareil j’ai eu 0 en couture à l’école et c’est pour ça que j’aime bien, j’aime bien… enfin utiliser un truc où on était censé être nul
je sais pas si j’ai vraiment une technique à part que c’est de l’acrylique feutre, mais après il y a du collage parfois mais en ce moment j’en ai marre du collage donc j’en mets plus, j’ai pas l’impression d’avoir vraiment une technique… c’est hypnotique, en fait ça me permet d’apaiser, avec les petits traits ça m’apaise, je pense, mais j’ai pas toujours eu cette technique, la technique ça évolue, après on sait pas forcément pourquoi, et les mots c’est aussi pour ça, pour ancrer dans une réalité, le mot pour moi c’est ce qui ancre le rêve dans la réalité, parce qu’en fait je me sens pas incarnée et je rêve de m’incarner, alors que tout le monde me dit que je le suis, oui mais moi je me sens pas incarnée, et le mot c’est ce qui va m’aider à m’incarner, connaître les limites de son corps son coeur son âme sa maison, ça c’est super important parce que j’ai beaucoup de mal à mettre des limites, c’est ma problématique, et donc je fais le max pour y arriver
j’étais gardienne à Beaubourg donc j’imagine qu’il y a plein d’artistes qui m’ont inspirée, alors il y avait Frida Kahlo qui m’a beaucoup inspirée parce que quand j’ai gardé sa salle j’ai vomi tellement j’ai senti sa douleur donc après je me suis intéressée à son histoire
ah oui j’adorais Niki de Saint Phalle, son histoire aussi, puis je les gardais à Beaubourg donc il y en a qui m’ont dit Chagall, j’ai gardé la salle de Chagall, je me souviens que j’ai gardé beaucoup de salles donc j’imagine que ça rentre même inconsciemment, quoi
quand je crée pas je suis vraiment très triste et si je crée pas pendant plusieurs jours c’est… je redeviens très très triste… je crois que ça me permet de prendre ma place et puis de pas être angoissée et de pas douter, d’arrêter de douter, c’est le seul endroit où je doute pas, sinon je doute tout le temps, tout ce que j’ai dit, j’ai peur d’avoir dit une bêtise… quand je dessine je doute pas, même si je trouve que je suis pas forte, je m’en fous, en fait je fais
(Verbatim établi par Jean-François GUILLOU pour le Musée Art et Déchirure)
À lire également le reportage-portrait de Bérengère Desmettre (déc. 2022)
Collection : Agnès CASATI


Installée à Montigny-Lengrain, entre Compiègne et Soissons, dans l’Aisne.
Elle a participé à la 10e édition du festival Art et Déchirure en 2006. Avec ses poupées Barbie, elle y abordait la thématique des violences faites aux femmes.
Le musée conserve d’elle deux œuvres dont la scénographie évoque l’univers des ballerines et des danseuses de revue, où elle déconstruit avec une rigueur méthodique la mythologie de la femme-objet offerte au désir des chasseurs façon trophée de chasse. On pourrait parler de symétrie à contre-emploi ou d’élégance du désespoir : un regard acéré sur un monde cul par-dessus tête.
Marie-Claude CASABO

Notice du catalogue du Festival Art et Déchirure 2019 :
Mon atelier se situe au-dessus du Robec ; je le vois en enfilade à travers une grande fenêtre industrielle – image prégnante de la verticalité –
J’aime que ça réponde, et vite ! Pas de glacis, la PEINTURE ne m’intéresse pas ; feutres indélébiles, crayons, couleurs diverses, papiers de soie, morceaux déjà peints …
Dans ce cadre déterminé, avec ces exigences, – dans l’attente – je retrouve la rangée de clowns commencée par la maîtresse, au tampon, sur le cahier du jour et qu’il fallait terminer…Tant pis ! Tant mieux !…
Puis me voilà devant la terre et son odeur, son goût, la courtilière, énorme et noire, …et les tous premiers étonnements – être là pour les recueillir – les premières vraies questions !
« Eplucher les haricots devant la mer ». Ces mots s’échappent, poésie intérieure liée aux souvenirs, aux lectures, aux autres … Mon corps, mon inconnu, se libère par ma main … pour peu que moi, j’y veille !
En essayant de sauver au mieux ce travail, de la séduction, je le mène, je le libère petit à petit : oublis, manques, égarements, inhabilités, blancs, l’enrichissent !
Ma peinture, ce n’est que le travail de ce corps qui suit, au mieux, le tiraillement de son désir, au plus près (prêt).
…tiraillement, résistance, perplexité, vacillation, indécision, choix, détermination, facilité…
Pascal LALOY

« La figure humaine a été mon sujet unique pendant une bonne vingtaine d’années. D’abord des têtes, seules. »
